Julie Pluies

Anthropologie et Art-thérapie

Une anthropologue en terre d’art-thérapie

Il y a quelques mois de cela, j’ai connu deux changements professionnels majeurs : d’une part, j’ai obtenu mon doctorat en sciences sociales de l’Université de Lausanne, et d’autre part, j’ai été engagée comme art-thérapeute dans deux structures privées à destination d’adultes diagnostiqués avec des troubles psychiatriques.

Le temps de la recherche m’a offert une temporalité longue : 9 ans de thèse et un manuscrit final d’un peu plus de 700 pages ; si les chiffres ne sont pas toujours pertinents, ceux-ci donnent un ordre de grandeur. S’agissant du temps de la clinique, il m’incite à davantage de réactivité afin d’accompagner les personnes que je reçois en séance.

M’essayant de fait à une nouvelle temporalité, ce blog est pensé comme un lieu de réflexions et d’échanges autour de mes rencontres avec des personnes – « patient.e.s » et « professionnel.le.s » -, en quête d’autres manières d’être et d’agir pour « se soigner » et « soigner ».

Les questions suivantes guident l’existence de ce blog : quelles sont les contributions éventuelles de l’art-thérapie aux parcours de soins des personnes reçues en atelier ? Dans quelles mesures l’art-thérapie est-elle une pratique soignante ? De quelles formes de soins s’agit-il ? En quoi l’anthropologie permet-elle de comprendre les processus à l’œuvre en art-thérapie ?

Vécus de séance, questions théoriques, analyses de dispositif…j’introduis un matériel de type ethnographique, recueilli lors de mes activités cliniques, et l’analyse au travers d’une perspective anthropologique et art-thérapeutique.

Dans un article reprenant quelques résultats de sa thèse de doctorat consacrée à l’usage professionnel de l’art-thérapie (2013), Élise Vandeninden rapporte que 85% de la littérature francophone consacrée à l’art-thérapie est issue du monde médical, avec 32% des auteur.rice.s étant des psychiatres – hors catégorie art-thérapeute (Ibid., §4). L’autrice souligne également que si les textes fondateurs de la discipline sont le résultat d’une lecture psychiatrique, ils sont en outre marqués par le sceau de la psychanalyse (Ibid.).

Mon idée consiste alors à porter un regard différent sur cette discipline que je fais et que j’invente chaque jour. Mon intention est d’écrire à partir d’une position singulière nourrie de cette double affiliation épistémologique, à savoir anthropologique et art-thérapeutique.

Au fil des articles proposés, des aller-retours permanents entre l’anthropologie et l’art-thérapie sont effectués. L’anthropologie est convoquée pour questionner et améliorer ma pratique art-thérapeutique, et l’art-thérapie est évoquée pour contribuer aux réflexions de l’anthropologie médicale et de la médecine.

Cher.e.s lecteur.rice.s., je vous remercie pour votre présence sur ce blog et vous prie d’être tolérant.e.s vis-à-vis de certaines syntaxes maladroites ou sélections lexicales discutables qui écorcheront peut-être vos yeux et vos oreilles. Elles sont le reflet d’une pensée bouillonnante plus ou moins spontanée et donc plus ou moins élaborée !

Bonne découverte et au plaisir d’échanger.

Bibliographie et références utiles

Élise Vandeninden, « La création artistique comme vecteur d’émancipation sociale pour les malades mentaux », Culture-Kairós [En ligne], paru dans les usages du politique et leurs enjeux dans les pratiques artistiques et expressions esthétiques, mis à jour le 10/10/2013.

Julie Pluies, 2022, « Du souci de soi au souci des autres : la fabrique morale des enfants, des adolescents et de leurs parents au fil de parcours de soins pédopsychiatriques au Maroc », thèse de doctorat, Université de Lausanne.